Assistants vocaux versus utilisateurs : qui sont les assistants de qui ?

« Ok Google, quelle heure est-il ?»
« Il est 15h06 »
Ce dialogue se déroule entre deux intelligences. Je « discute » avec mon assistant vocal. Au-delà des geekeries en tout genre et des opportunités business alléchantes, je m’interroge sur les réels bénéfices, aussi bien « pratiques » que « éthiques », de ces nouveaux invités dans nos maisons.

Petit boitier en plastique, l’assistant vocal concentre des solutions épatantes d’intelligence artificielle et de reconnaissance vocale. Il obéit à la voix plutôt qu’au doigt. Je pose ma question et cette petite enceinte m’apporte la réponse. Enfin normalement.
Tout ce petit monde fonctionne avec le Wi-fi, minutieusement orchestré par les GAFA. Pas de jaloux, chacun le sien : Alexa pour Amazon, Google Home pour Google, HomePod pour Apple, Invoke pour Microsoft…

Côté business, le Web vocal est au cœur de marchés sous-jacents très lucratifs avec des externalités positives pour ces GAFA : e-commerce, services multimédia (musique, jeux vidéo, …), ventes de données utilisateurs et publicités.

Mon expérience de discussion avec des assistants vocaux me laisse croire à des marges de progression intéressantes pour parvenir à me convaincre. Pour une utilisation basico-basique, ça fait le job. Mais, curiosité oblige et passion de la discussion, dès que je pose des questions plus « complexes », c’est à moi de m’adapter au « cerveau » de mon assistant vocal. Je dois trouver la bonne façon de poser ma question pour espérer obtenir la réponse recherchée … Je deviens donc l’assistant de mon assistant. Contre-intuitif !

En effet, les assistants vocaux se concentrent uniquement sur les mots clés au détriment de la bonne syntaxe ou du langage naturel, pourtant essentiel dans tout dialogue. Comment ce petit boitier, gentiment posé sur ma gondole, mais véritable espion de mon quotidien, utilise toutes les informations qu’il capte ? Nous sommes bien loin de la devise des assistants : « Tout entendre et ne rien dire ». Car, parait-il, les GAFA revendent ces données à des fins publicitaires.

Par conséquence, l’assistant vocal me propose une seule façon de voir les choses en me proposant une réponse unique car :

  • les annonceurs paient pour être cités avant ou à la place d’un autre,
  • les éditeurs privilégient leurs services.

C’est pourtant tellement enrichissant d’être face à une diversité de points de vue. Discuter avec son assistant vocal, c’est surtout être conscient d’interagir avec une intelligence qui n’est pas absolue mais artificielle… et qui repose avant tout sur des cerveaux humains indispensables et irremplaçables, dotés d’esprit critique et de qualités relationnelles.