De l’écologie de l’attention : 5 bonnes pratiques à l’ère du digital

Du grec « oikos » (la maison) et « logos » (la connaissance) l’écologie est littéralement l’étude de l’habitat. Pour l’Homme, cela fait communément référence à sa relation avec l’environnement naturel. Mais cette étymologie peut aussi faire référence à la relation qu’il entretient avec son logement, son lieu de travail, son entourage social, voire même son propre corps. Dans une série d’articles dédiée à l’écologie, je vous propose d’explorer l’impact des technologies digitales sur les différents domaines de l’écologie humaine.

Aujourd’hui en France, le cadre moderne est interrompu en moyenne toutes les 3 minutes dans son travail ; réponses aux mails, appels téléphoniques, collègues de bureau, sans oublier les notifications du smartphone.

Or, il est estimé qu’il nous faut en moyenne 23 minutes pour retrouver le même niveau de concentration après avoir été interrompu… Difficile de garder un cap et de creuser un sujet en profondeur dans ces conditions : de quoi créer de la frustration, des tensions, voire même une baisse de motivation. Alors comment déjouer les pièges du travail à l’ère du digital ?

Etant passé par la start-up, la grande entreprise et le conseil, j’ai vu beaucoup d’initiatives échouer car elles n’adressaient pas le problème de fond—nous-même. L’agenda gonflé artificiellement, le casque sur les oreilles, les bloqueurs de sites ; aucune de ces méthodes ne remet véritablement en question notre manière de travailler. Pas de changement en fin de compte.

A l’inverse, voici quelques idées qui peuvent nous aider à repenser notre organisation personnelle et renforcer notre « muscle de la concentration » contre toutes les « attaques » du digital workspace.

1. Devenir son propre Product Owner

Imaginez que vos neurones forment à eux-seuls une équipe de Dev. En tant que PO, votre rôle est de filtrer et prioriser les demandes qui leur sont faites. A la manière d’un PO, maintenez un backlog journalier des tâches à faire et soyez intransigeant sur la priorité de chaque élément que vous acceptez d’y inclure. Attribuez à chaque nouvelle demande un score rapide à déterminer (1 à 3 par exemple) et suivez votre checklist dans cette logique dynamique. Si, à tout moment, vous travaillez sur une tâche de priorité 3 alors qu’il reste une tâche de priorité 1 non démarrée, il faut réagir.

2. Jouer à un jeu vidéo

A la manière des jeux vidéo, il est souvent moins dramatique d’être interrompu à certains moments qu’à d’autres dans nos tâches. Quoi de plus frustrant que de devoir abandonner un jeu en cours avant le prochain « point de sauvegarde » ? Aussi est-il utile quand vous commencez une tâche de prévoir à l’avance des checkpoints. Ne lâchez pas la tâche en cours tant que vous n’avez pas atteint le prochain point de sauvegarde, surtout si vous êtes sur une bonne lancée !

3. Être transparent

Les projets digitaux impliquent de nombreux corps de métier et un nombre croissant d’interactions. Il est par exemple fréquent de se faire interrompre pour des questions rapides au nom de l’agilité d’un projet. Dans ce contexte, le refus de répondre peut amener de fortes tensions. Il est essentiel de communiquer à la personne que vous comprenez (ou compreniez a posteriori) leur besoin et l’urgence de la demande (empathie). Deuxièmement, pourquoi vous avez choisi de ne pas répondre (donner le meilleur de vous dans votre travail). Enfin, que vous allez donner suite à sa demande (traçabilité). En adoptant ainsi des principes proches de la communication non-violente (CNV), vous clarifiez directement votre position et respectez celle de l’autre. Vous pouvez vous éviter un bon nombre de malentendus avec cette simple technique !

4. Prendre le temps de respirer

Bien loin de certains discours à la mode, la méditation, en tant que pratique de désassociation avec le mental, pourrait bien devenir un élément vital de notre vie connectée. Le mental, que l’on peut représenter comme notre processeur interne, est constamment bombardé par les stimuli d’un environnement de travail digitalisé. Afin de préserver la mémoire vive de ce formidable outil, il est essentiel de s’arrêter régulièrement et faire le ménage. Notamment, d’identifier toute pensée parasite qui circulerait ou toute émotion emmagasinée qui affecterait notre jugement au moment présent. Pour cela, la respiration est un formidable outil qui peut servir comme fil conducteur à cette opération de ménage (notre Ctrl+Alt+Suppr à nous) dès lors qu’on lui accorde toute notre attention l’espace de quelques minutes. En position assise, respirez profondément les yeux fermés, observez les pensées qui arrivent, décrivez-les sans les juger et revenez sans cesse à la sensation physique de la respiration. Cette simple mise à distance permet de se désidentifier de son mental surchargé et de faire le tri sur ce qui est vraiment important. Une pause de 3 minutes à différents moments de la journée permet souvent de repartir avec une énergie nouvelle !

5. Ne pas mélanger les torchons et les serviettes

Dans la bataille pour notre attention, affaires personnelles et sujets professionnels ne font généralement pas bon ménage. En effet, la consultation machinale de contenus personnels (messagerie, Facebook, Instagram, média, etc.) pendant une tâche fatigue l’esprit. Pour éviter cela, il ne s’agit pas de lutter contre mais plutôt de prendre conscience que ce sont en réalité deux types de « nourriture » pour l’esprit ; deux moments distincts dans sa journée pour permettre leur digestion par l’esprit. A chaque fois que vous vous sentez dériver, prenez-en conscience, félicitez-vous de l’avoir identifié et donnez-vous un temps dédié pour consulter le contenu plus tard. Vos pauses n’auront jamais été si agréables et gratifiantes !