L’enseignement numérique consiste-t-il à fournir un iPad aux élèves ?

Dans le cadre du plan numérique pour l’Education depuis 2015, les établissements ont reçu 200 000 tablettes numériques, un accès gratuit à des ressources éducatives numériques et quelques enseignants ont bénéficié de formations aux usages numériques. Alors c’est ça l’enseignement numérique ? On remplace le manuel papier par une tablette avec un manuel numérique, on suit le même programme et on apprend les mêmes contenus ? C’est moderne. C’est mobile. C’est interactif. Oui, mais est-ce efficace sur le plan pédagogique ?

Pour moi, les élèves risquent d’être désormais plus concentrés sur l’utilisation de leur tablette et du logiciel que sur le contenu pédagogique. Par exemple, lorsque qu’un élève rédige une fiche de synthèse sur un ouvrage de littérature, il doit à la fois maîtriser la manipulation du logiciel et gérer l’analyse et la compréhension du texte : est-ce vraiment pertinent ? est-ce vraiment cela dont les élèves ont besoin ? 

Toute transformation digitale est ambitieuse, difficile et chronophage. C’est normal. Pour réussir, il faut à tout prix éviter les approches simplistes.

Comme pour la banque ou d’autres secteurs, la transformation numérique de l’éducation devrait s’appuyer selon moi sur un mixte intelligent :

  • d’apprentissage des fondamentaux (calcul mental, dictée, raisonnement) grâce aux manuels papier, aux dialogues élèves-enseignants et aux méthodes d’apprentissage déjà éprouvées
  • d’enrichissement pédagogique complémentaire grâce à des contenus numériques interactifs et attractifs (vidéos, articles, sites internet…), des solutions d’intelligence artificielle pour proposer des séquences d’entraînements adaptées aux niveaux des élèves
  • enfin, des séquences dédiées au développement des compétences nécessaires pour l’utilisation de ces outils digitaux : le code, le montage vidéo, les solutions bureautiques par exemple

Jean-Michel Blanquer, actuel ministre de l’Éducation nationale, déclare que l’objectif n’est pas « d’arroser tout le pays de tablettes » mais que « l’approche est clairement qualitative ». Il a annoncé la volonté de l’État de collaborer avec des start-up de l’EdTech pour accompagner cette transformation digitale et proposer de nouvelles solutions aux enseignants (par exemple, des applications pour faciliter le travail des corrections des enseignants) et aux élèves (des solutions d’intelligence artificielle toujours plus novatrices pour faciliter l’apprentissage).

Cette collaboration embarque une diversité d’acteurs aux intérêts divergents dans un dialogue asymétrique : l’acheteur (l’État et les collectivités locales), les prescripteurs (l’État ou les établissements), le producteur du service (la start-up) et les utilisateurs (les enseignants et élèves) : il reste à définir la gouvernance qui permettrait de proposer des produits pertinents sur le plan pédagogique et adaptés aux besoins des utilisateurs finaux ! 

Affaire à suivre… !